Mes livres et moi


Waouh!

Refermer le livre et pousser un souffle admiratif.

Quel incroyable roman !

Je viens d’achever la lecture de Frankenstein, un des plus grands mythes littéraires. Il m’a tellement plu que je n’ai pu m’empêcher de prendre une foule de notes.

C’est ainsi que j’aime lire. J’aime poser les phrases dans mon esprit, m’y attarder et tenter d’en saisir les nuances. J’ai toujours en tête, l’écrivain à sa table de travail en train de formuler, effacer, reprendre, construire, bâtir son édifice pour lui, pour nous, alors je savoure.

Avec les œuvres plus « classiques », je lis comme on flâne. Il m’arrive très souvent d’interrompre ma lecture et de me délecter de la phrase que je viens de découvrir, d’en goûter chaque mot, de m’imprégner des associations, des images et des idées qu’ils peuvent insuffler.

Ma lecture s’appuie sur la collection « Etonnants classiques » chez Flammarion (œuvre malheureusement abrégée comme je l’avais évoqué et traduite par Germain Hangest).

Sans chercher aucunement à limiter l’œuvre, j’aborderai brièvement six questions qui me paraissent intéressantes comme l’époustouflante structure de la narration, la question plurielle du genre, l’aspect moral et philosophique, en passant par les échos spirituels disséminés tout au long du roman, la dimension théâtrale et enfin un point plus intime dans le récit qui élève l’œuvre à une dimension plus universelle.

Frankenstein, un roman inclassable ?

A l’issue de ma lecture, je réalise qu’il est tout simplement difficile de tenter une classification. Ce qui fait la force de ce roman, c’est clairement son aspect composite, hybride qui le situe à la croisée de plusieurs genres littéraires. Du point de vue de la narration, c’est une savante organisation inscrite à la manière d’un enchâssement narratif, une narration en abyme. Nous avons en effet, un premier narrateur, Robert Walton qui écrit à sa sœur pour lui raconter l’histoire de Victor Frankenstein, qui racontera alors sa propre histoire, celle de ses parents puis ce sera la créature elle-même qui prendra possession du récit à plusieurs repises et s’emparera de la narration pour évoquer son histoire, ses pensées, ses projets. A l’intérieur même du récit de la créature nous découvrirons l’histoire d’une famille qui la fascine et qu’elle observe, nous donnant à voir tout ce qu’elle voit, rendant le lecteur complice de ce voyeurisme. Cette même famille nous ouvrira le récit d’un autre personnage dont nous apprendrons aussi l’histoire personnelle. Une narration complexe et extrêmement maîtrisée, finement mise en place.

 

Un récit d’aventure entre fantastique et science-fiction ?

Hybride. En effet, ce roman, à l’image de sa créature me paraît se situer à mi-chemin entre fantastique, science-fiction et aventure. Mary Shelley a su orchestrer son œuvre de telle façon que le lecteur est sans cesse pris dans les filets de nombreux rebondissements. Tous les mécanismes du roman d’aventure sont présents. Des personnages bien caractérisés, clairement des types : un savant, une créature, des victimes, une course-poursuite. (Je me permets une petite digression. Cette course-poursuite effrénée me rappelle de façon parfaitement anachronique « A TOUTE BERZINGUE » de Kenneth Cook, œuvre australienne où tout le roman n’est qu’une gigantesque course-poursuite. (Une sorte de bête indéterminée et informe, mi humaine-mi animale, pourchasse le narrateur sur une piste poussiéreuse dans le bush australien). Roman que je vous suggère également si vous maîtrisez l’apnée ! Je n’avais aucune possibilité de le lâcher, c’était totalement hypnotique ! Une merveille du livre-suspens. Un des meilleurs romans de ce genre que j’ai pu lire. Il semble être écrit d’un seul souffle, on a la sensation de lire une seule phrase qui accélère et l’on s’y accroche comme on s’accrocherait à sa propre survie. Décoiffant !)

Dans Frankenstein, une attente, des détours, des indices parsèment le roman. De nombreux rebondissements afin que l’intérêt du lecteur ne s’essouffle jamais. Il est saisi, happé, tenu en haleine du début à la fin de l’œuvre, parcourant les routes de l’espace citadin à des espaces plus désertés. Vous y trouverez aussi les ingrédients du fantastique, avec de nombreux passages inquiétants, de l’indécis, une brume, un cadre mystérieux et dérangeant. Arrive enfin le moment tant attendu : la naissance de la créature où je me suis trouvée prisonnière entre répulsion et fascination. Une bougie éclaire la pièce et à la lueur « de cette lumière à demi éteinte » le narrateur voit s’ouvrir l’œil jaune et terne » de sa créature. Saisissant ! Elle est là sous les yeux inquiets du lecteur. Ses membres sont proportionnés entre eux, sa peau est jaune, ses cheveux brillants, ses yeux transparents et ses lèvres droites et noires. Mais alors que son œuvre est achevée, Victor ne ressent qu’horreur et dégoût.

Moi aussi.

Mais pour qui ?

 

Un roman moral et philosophique ?

De multiples questions se posent.

Qui est le monstre dans ce roman ? L’attitude de Victor pose une remise en question des notions de bien et de mal.

Qu’est-ce que le bonheur ? La créature nous amènera à réfléchir sur la quête du bonheur et ses codes.

Sommes-nous mauvais ou le devient-on ? Une réflexion sur l’origine du mal, sur la notion de vengeance et l’escalade de maux qu’elle entraîne. La créature, d’abord ingénue, dénuée de toute cruauté sera pervertie par la haine des hommes.

Quelle autre réponse que la malveillance aurait-elle pu apporter à une société qui d’avance, la condamnait ?

Une réflexion des plus modernes à propos de l’éthique ?

Est-ce que posséder les connaissances pour déjouer les lois de la nature me donne le droit de les défier ?

Ne s’agit-il pas là d’orgueil, d’un orgueil démesuré de l’homme, ce que l’on nomme l’hybris en grec ? D’un point de vue plus moral : est-ce que je dois considérer que la vie que j’ai donnée m’appartient et qu’il me revient le droit de m’en détourner si elle ne convient pas à l’idée que je m’en faisais ?Le roman me semble clairement soulever cette question de la responsabilité et de liberté de l’individu.

Un roman spirituel ?

Une chute ou plutôt deux. La chute spirituelle d’un homme qui a défié les lois de la nature et qui verra sa santé psychique se dégrader, qui n’aura d’autre choix que d’en constater les terribles répercussions sur sa vie personnelle. Toute sa destinée se retrouvera totalement animée d’un seul but : la vengeance.

La chute d’une créature ingénue, profondément humaine, capable d’éprouver le plaisir, l’émerveillement. Elle ne peut échapper à sa destinée. Oui, son apparence, d’avance, la condamne. Se pose alors la question des préjugés. Les hommes ne lui laissent aucune possibilité d’exister autrement que par le mal.

Un aspect théâtral ? Une tragédie ?

Un lever de rideau : une double apparition : la naissance de deux monstres. Un jeu de cache-cache permanent, de coups de théâtre, de jeux de masques créateur-créature. Chacun créant chez l’autre une transformation et surtout une fatalité omniprésente. Rien n’arrêtera cette folie.

Enfin, un roman de l’intime ?

Pour terminer, je transcrirai fidèlement ce passage que je trouve magnifique et qui exprime avec universalité un sentiment des plus humains : l’amertume de la douleur ressentie lors de la perte d’un être cher :

« Le vide ressenti par l’âme, et le désespoir qui se peint sur le visage. L’esprit est si lent à admettre la disparition définitive de celle que nous voyions chaque jour et dont l’existence semblait faire partie de la nôtre, à se rendre compte que s’est éteint à jamais l’éclat d’un regard aimé, que le son d’une voix si familière, si chère à notre oreille puisse s’évanouir et ne jamais plus s’entendre ! Telles sont les réflexions des premiers jours ; mais c’est quand l’écoulement du temps nous prouve la réalité du mal, que commence l’amertume véritable de la douleur. (…) Ma mère était morte, mais nous avions encore des devoirs à remplir ; il fallait continuer à vivre avec les autres, et apprendre à nous estimer heureux, tant qu’une seule créature existait encore, que cette main destructrice n’avait pas saisi. »

20/10/19 

C. Schreyer


Ma dernière lecture, Frankentein ou le Promethée moderne

 J'ai ce roman dans ma bibliothèque depuis des années mais j’ai constaté avec regret que c’est une version abrégée !

Je décide toutefois de m’en accommoder en espérant que l’essentiel soit rendu. Je me dirigerai vers l’œuvre complète plus tard. C’est certain !

Frankenstein. Ce nom, inscrit dans notre mémoire collective résonne dans mon imaginaire depuis l’enfance. Enfant, en pensant à cette histoire, d’un premier abord, j’associais dans mon esprit le nom Frankenstein, non pas au créateur mais à la créature elle-même. Bien sûr, j’étais dans l’erreur mais ce que je ne savais pas, c’est qu’intuitivement, j’avais senti, comme plusieurs d’entre nous, une analogie entre le maître et sa créature, une horreur partagée, un mal naviguant de l’un à l’autre. Peut-être que les sonorités consonantiques de ce nom me laissaient à fantasmer le nom de la créature. L’alliance des sonorités gutturales « an », « en », « ein », aux consonnes « f », « k », « t », distillaient des sons qui tout à la fois me glaçaient et m’attiraient. En pensant à cette œuvre, j’ai toujours eu en tête comme beaucoup d’entre nous je pense, le genre de la science-fiction, une créature, un savant fou, l’horreur, l’aspect macabre d’une chose confectionnée à partir de résidus de cadavres, une sauvagerie, et puis comme tout le monde, j’ai entraperçu quelques extraits d’adaptations cinématographiques.

J’étais loin d’en appréhender son magnétisme, son aspect dramatique et funèbre et aussi la profonde tristesse dans laquelle cette œuvre me plongerait ! Frankenstein se situe dans la veine de plusieurs romans gothiques et fantastiques lus auparavant à l’université, Le château d’Otrante de Walphole, Le Moine de Lewis, Dracula de Brahm Stocker, Le diable amoureux de Cazotte, L' Etrange cas du Docteur Jekyll et Mr Hyde de Stevenson, L’île du docteur Moreau de Wells…tous plus fascinants les uns que les autres! J'avais hâte de me plonger dans le prodigieux roman de Mary Shelley dont le titre complet est Frankenstein ou le Promethée moderne.

Et vous, avez-vous lu Frankenstein ?

Quels en sont vos souvenirs? Vos impressions?

16/10/19 

C. Schreyer