Mes livres et moi


Premières lectures, premières émotions, quand le livre devient un « objet sacré », Poule rousse

                             Trois ouvrages s’imposent à ma mémoire et chacun de ces petits livres jeunesse est étroitement lié à mon histoire de lectrice. Cela me tient à cœur de les présenter. Je vais tenter de les relire et de me réimprégner de mes émotions d’alors si j’en suis capable.

                              Il y eut tout d’abord Poule rousse de chez Père Castor. Ce livre, distribué par mon enseignante du CP Mme M. était payant. Je n’avais pas pu apporter ma cotisation et je me souviens encore du malaise  ressenti. Chaque élève de la classe avait ce beau livre neuf et coloré entre les mains. ALors, la maîtresse m’appela de son bureau et me dit à voix basse :                   « Je te l’offre, il est à toi ». Je ne peux vous exprimer qu’en partie ce que je ressentis alors : un bonheur si grand ! Une affection inconditionnelle pour cette enseignante subtile et généreuse.

                             Je rejoignis ma place, tenant contre moi ce trésor. Aujourd’hui, alors que j’écris cet article, il est face à moi.

Le titre à gauche de la couverture, POULE écrit en lettres capitales et rousse en lettres cursives. Une maison au toit bleu, une fenêtre par laquelle se penche une belle tourterelle rosée. A l’extérieur se tient  Poule rousse, telle une lavandière. Elle s’attelle à la lessive dans un bac en bois. Du linge est étendu sur un fil qui s’agite au vent. Des cœurs taillés ornent les volets en bois bleu et l'on peut deviner un sourire sur le bec de Poule rousse dont le regard est orienté vers la tourterelle. On comprend qu’un lien particulier unit ces deux personnages. Une clôture rouge entoure la maison qui est en hauteur, en plein cœur de la forêt.  Une ambiance agréable, un véritable bien-être émane de la 1ère de couverture.

J’ouvre l’album.

Un plan général présente la maison dont la clôture n’est d’ailleurs plus rouge mais beige ! A l’époque, je vivais en appartement et cette image seule suffisait à me faire rêver. Une maison isolée, en pleine forêt, au cœur de la nature…

L’intérieur douillet, propre et « bien rangé » nous est exposé. Un livre de « conjugaison » est ouvert sur un pupitre. Poule rousse est dite « bonne ménagère » car elle cuisine, nettoie, range, décore. « C’est un plaisir d’aller chez elle ». Son amie la tourterelle passe la voir chaque jour. Ensemble elles parlent, « croquent des gâteaux secs » et boivent « un tout petit verre de vin sucré », « chantent », « jouent aux dominos », « travaillent en bavardant »…

Une vie mesurée, routinière et légère.

On y apprend que Poule rousse est aussi bonne couturière, toujours prête à rendre service aux autres. Très sociable et généreuse, chacun dit du bien d’elle. Il sera aussi précisé qu’elle est belle et « grassouillette », adjectif qui sera répété sept fois, ce qui à l’époque me faisait rire…sept fois ! Sept, chiffre symbolique qui parcourt les contes.

« Grassouillette », mot que je répétais avec exagération pour provoquer le rire de mon enfant, lors de nos retrouvailles le soir autour du livre.

Vingt-quatre ans séparaient la petite fille lectrice de la mère conteuse. C’est une expérience riche de pouvoir ressentir, revivre et partager, transmettre une histoire à ceux que l’on aime.

Alors, inlassablement, plusieurs soirées d’affilées, lire et relire le petit livre coloré, apprécier, s’inquiéter, rire et se réjouir. Partager et ressentir soir après soir.

Pour la suite de l’histoire, un renard passant par là, scrutera Poule rousse et voudra en faire son déjeuner mais sera arrêté à temps par l’amie tourterelle. Une ruse de Poule rousse ébouillantera le renard qui finalement, quittera le bois pour toujours! Les deux amies prendront ensuite la décision de vivre ensemble et ne plus jamais se quitter.

                     Une histoire qui s’achève par la victoire de l’amitié. Une histoire telle que nous les apprécions : rassurante, inquiétante par moment mais finalement réjouissante !

         Références : Poule rousse, Père Castor, Images d’Etienne Morel, Flammarion, 1956

C.Schreyer, Le 15/12/2019