Mes livres et moi


La Dame aux Camélias. A. Dumas fils, 1848

La Dame aux Camélias. A. Dumas fils, 1848 L’histoire d’un sacrifice, d’une vie éphémère et pathétique.

 

              Aujourd’hui c’est avec un immense plaisir que je vous présente cette œuvre des plus célèbres mais que je n’avais encore jamais lue. C’est un véritable « miroir présenté à la société », que nous tend A. Dumas et je ressens une grande tendresse pour ce roman et pour ces personnages.

             Marguerite Gautier, (inspirée de Marie Duplessis, femme présente dans la vie des Dumas père et fils ), « idéal de la décadence » est une courtisane, surnommée la Dame aux camélias.

Chaque jour, elle arbore un camélia blanc sur son buste pour montrer qu’elle est en mesure de s’offrir, hormis 5 jours par mois durant lesquels le camélia est alors rouge. Nous apprenons dès le début de l’œuvre sa maladie incurable, la phsitie, tuberculose pulmonaire. Marguerite se sait alors condamnée et fait le choix d’une vie de grande intensité.

                Armand Duval nous raconte sa rencontre puis son aventure avec cette femme, la passion qui l’a animé,  la tentative permanente de gagner le cœur de cette marchande du corps, de ce genre de femme qui n’aime pas.

                 De nombreuses thématiques imprègnent ce roman : la jalousie, le doute, le vice, le luxe, l’argent, l’amour vrai, sincère et pur, le préjugé, le repentir, le renoncement et le sacrifice.

L’on y trouve un jeu de narrations enchâssées puisque le narrateur prête sa voix à Armand Duval qui raconte son histoire et celle de Marguerite à la manière d’une confidence orale.

Roman épistolaire aussi puisque de nombreuses missives sont envoyées dans l’œuvre. Le tout, prenant des airs des plus réalistes avec une insistance sur la véracité des faits, d’une fidèle retranscription des événements disséminés tout au long de l’œuvre.

                    Henri Béhar, professeur de littérature française à l’université de la Sorbonne présente une « constante dénonciation des ambiguïtés de la société parisienne » : une société qui « admet comme un merveilleux spectacle la courtisane de haut vol mais qui ne lui accorde ni indépendance, ni liberté, ni propriété de son corps, ni de ses sentiments. »

                   Un roman qui s’inscrit dans une filiation littéraire, celle de la courtisane en littérature. Dumas affiche clairement son inspiration première, celle de l'Histoire du Chevalier des Grieux et de Manon Lescaut, roman mémoire de l’abbé Prevost lu et apprécié de Dumas et de son personnage Armand Duval, qui reviendra plusieurs fois dans l’œuvre comme un leitmotiv puisqu’il offrira ce roman à Marguerite.

                   J’ai sincèrement passé un doux moment en compagnie de ces deux personnages. L’écriture est superbe, ample et efficace. Vous lirez ici l’histoire d’une femme ayant vécu « en pécheresse » et morte « en chrétienne ».

Un roman nous dira Dumas, qui ne fait pas l’apologie du vice mais qui se fait                « l’écho » du « malheur noble ». Un dialogue permanent entre la compassion d’un narrateur et celle du lecteur.

L’interrogation soulevée dans cette œuvre sur le jeu des apparences et la sincérité du sentiment sont autant de points intéressants.

Marguerite est des plus attachantes sous la plume de Dumas à tel point que l’on ne peut la blâmer pour la vie qu’elle a menée.

Cette lecture est pour moi un véritable coup de cœur littéraire. Pour ceux qui aiment une langue élégante mais simple, l’écriture du XIXème, ce type de romans est l’un de ceux dans lesquels on plonge peu à peu, ne pouvant plus quitter les personnages que l’on affectionne, retenant notre lecture et s’attristant d’ avoir achevé la lecture, ayant le sentiment d’avoir perdu une compagnie, un ami de tous les instants.

Le 19/04/2020

C. Schreyer

Nana, Edouard Manet, 1877, huile sur toile, 150x116, 1877


Au sujet de Nana, lettre de Flaubert, quelques semaines avant de mourir.

À ÉMILE ZOLA. Croisset, dimanche [15 février 1880].

"Mon cher Zola, J'ai passé hier toute la journée jusqu'à 11 heures et demie du soir à lire Nana. Je n'en ai pas dormi cette nuit et «j'en demeure stupide».

N... de D... , quelles c... vous avez ! quelles b... ! S'il fallait noter tout ce qui s'y trouve de rare et de fort, je ferais un commentaire à toutes les pages !

Les caractères sont merveilleux de vérité. Les mots nature foisonnent ; à la fin, la mort de Nana est Michelangelesque !

Un livre énorme, mon bon !

Voici les pages que j'ai cornées (dans l'excès de mon enthousiasme et à une première lecture) : 82, 87, un peu de longueur ? ou plutôt de lenteur. 205, Mignon ! avec ses fils ! ineffable de beauté ! 33, 45, 46, 51, 52, 79, 105, 108, 126, 130, 134, 141, 146, 156, 173, 192 (adorable), 195 (idem.) La vision de M. d'Anglars ! 237, 256. Mais ce qui précède, la nuit passée dans les rues, est moins personnel. Il était du reste, le plan donné, impossible de faire autrement, car il fallait amener le «couchons-nous» qui est excellent. Tout ce qui regarde Fontan, parfait. 295. Tout le chapitre X. 377 ! «Viens donc ! viens donc !» N. B. 401 «Entre Le Havre et Trouville» impossible ! Mettez Honfleur. 415. Plein de grandeur, épique, sublime ! 427. La paternité de tous ces messieurs, adorable. 459. Le suicide de Georges et sa mère arrivent en même temps. Ce n'est pas du mélodrame (bien que certainement on dira que c'en est), car l'effet résulte du caractère et des événements ingénieusement combinés. 483. Très grand, très grand ! 489-90. Comme c'est vrai et intense ! 500. 504. Rien de plus haut. XIV. Au-dessus de tout ! – Oui !... n... de D... ! sans pareil.

Maintenant, que vous ayez pu économiser les mots grossiers, c'est possible ; que la table d'hôte des tribades «révolte toute pudeur», je le crois ! Eh bien, après ? M... pour les imbéciles !

C'est nouveau en tout cas et crânement fait.

Le mot de Mignon «quel outil» et tout le caractère de Mignon, du reste, me ravit. Nana tourne au mythe, sans cesser d'être réelle.

Cette création est babylonienne. Dixi !

Et là-dessus, je vous embrasse.

Votre vieux.

Dites à Charpentier de m'envoyer un exemplaire, car je ne veux pas prêter le mien. Il doit être content, le jeune Charpentier.

Voilà un petit succès assez chouette, il me semble ?"

 



Une Page d'Amour, Emile Zola, 1879

      Quand une ombre menaçante s’insinue sournoisement en vous pour  se déployer, ronger votre âme, l’ensevelir et gangréner tout votre être...

    Je viens de passer deux semaines en compagnie d’Hélène. Vous suivez cette veuve, coupable de trop aimer. Ce titre « Une page d’Amour » nous laisse à imaginer que l’on va observer une sorte de promenade romantique peut-être un peu mièvre. Il n’en n’est rien. Une page d’Amour c’est près de 400 pages décrivant la puissance d'un amour inconditionnel et destructeur.

        Coupable de trop aimer, Hélène va payer le prix fort d’un double amour qu’elle ne pourra vivre qu’assorti d’un châtiment des plus sévères.

Deux seules images lumineuses éclairent ce roman: la première, au début de l’œuvre et la dernière, à la toute fin.

Est décrite une scène  éblouissante où l'on peut voir Hélène se laissant aller à la joie frivole et enfantine de jouer avec une balançoire. Celle-ci prend son élan et entraînée à toute vitesse, s'envolant presque, rit jusqu'à en perdre son souffle, frôlant les branches suspendues. Son envolée ne sera que de courte durée car il s'en suivra une chute.

                       Chute sûrement prémonitoire et symbolique de cet amour qui va naître en elle et dont elle ne pourra maîtriser l’élan. Cette chute brutale après être allée trop haut est ici un condensé visuel du roman.

       Vous allez pénétrer dans une sorte d’Huis-clos où l’on aperçoit tout Paris depuis la fenêtre étroite de la chambre d’une mourante. Une vue restreinte qui semble se refermer peu à peu. Une lumière fragile qui finira par s’éteindre.

     Vous craignez le pire et le romancier vous égare, fait naître en vous de l’espoir pour mieux vous démunir. Le couperet tombera et anéantira vos dernières espérances.

       Un amour exclusif, fusionnel, passionné et finalement dévastateur noircit les pages de ce roman. Une jalousie viendra ronger les personnages et aspirer toute énergie vitale.

Des non-dits qui glacent, une rancune grandissante s’insérant sournoisement entre deux êtres qui s’aiment gonflant jusqu’à la haine pour finalement ne laisser que désespoir, douleur et une infinie solitude derrière elle.

Des regards qui épient au sentiment de révolte, Une Page d’Amour c’est aussi l'écriture d’une femme qui lutte entre ses identités multiples de mère, de femme et d’amante.

     C’est aussi la narration d'une souffrance éprouvée lorsque l'on comprend que l’on est peut-être celui des deux qui aime le plus.

Réaliser qu’ils existent d’autres êtres aimés dans le cœur d’une personne que vous souhaitez posséder amplement et entièrement et puis sentir une aigreur, une amertume, un mal vous ronger qui finalement aura raison de vous.

Ne plus ressentir que rancune.

Zola, de sa plume magnifique dit l’ordinaire avec un talent littéraire des plus savoureux. Le poète,  dissimulé derrière le romancier naturaliste dira tout de ses personnages à travers les atmosphères de lieux, des ondées dévastatrices aux fins rayons de lumières, du ciel lourd et pesant à la pureté d’un ciel sans nuage.

Il dira aussi avec un cynisme piquant mais subtil l’indécence réaliste de funérailles aux airs de fêtes où certains s’apprêtent, s’agitent, commentent, décorent, pérorent autour de l’effondré dont la douleur  creuse toujours plus profondément la perte en son sein. 

Le 15/03/2020

Avec passion,

C.Schreyer


La femme auteur, Madame de Genlis, avis

La femme auteur de Madame de Genlis, comtesse et "gouverneur" des enfants d’Orléans, oeuvre que j'ai beaucoup appréciée.

Court roman étonnant qui décourage clairement toute femme cherchant à devenir                     « auteur ». Madame de Genlis dresse avec finesse la férocité des critiques qui s’abattent sur Natalie qui osera publier ses écrits.

Description d'un milieu misogyne où la distinction d’une femme ne peut être que de courte durée.

En parallèle, vous y trouverez  deux intrigues sentimentales dont l'une est le sujet d'une analyse profonde du sentiment amoureux naissant, de sa croissance  dans ce qu’il peut avoir de refoulé, du règne de l'imagination puis de son usure jusqu’à sa rupture.

Enfin, un questionnement sur la place de la femme en tant qu’individu, en tant qu’artiste ou intellectuelle au XIX ème siècle mais aussi une interrogation sur le concept du bonheur qui semble n’être possible que dans la mesure, la prudence, la raison, l’absence de romanesque.

Une œuvre qui invite à la constance, seule clé de la félicité!

C. Schreyer , le 01/01/2020