Mes livres et moi


Je m'éveille

 

Je m’éveille et le temps d’un instant, une seconde peut-être deux, je me sens bien, si apaisée. Je suis dans cet entre-deux. Dans ce court instant où le sommeil vous quitte tandis que la vie vous anime peu à peu.

Je sens que le sommeil s’éloigne, je veux le retenir, je m’y accroche car je sais que bientôt j’entrerai à nouveau en pleine conscience du monde.

Je suis éveillée… J’avais cru pourtant…que…tout était comme avant.

Le temps d’un instant, juste avant de laisser ma nuit derrière moi.

Pourtant…Il y a encore quelques jours, les gens mourraient mais je n’y pensais pas.

Auparavant, dans cette temporalité de l’ordinaire, nous étions habités par nos habitudes, par une sorte de quiétude inconsciente, pensant maîtriser, préoccupés par nos rôles à tenir, nous nous pensions à l’abri.

Soudain nous contemplons nos pays voisins, encore convaincus de notre invulnérabilité. Tout cela était bien triste toutefois, cela ne nous atteignait pas vraiment.

Soudain le couperet.

Chaque jour une mesure prise et nous voici aujourd’hui tous démunis.

Chaque regard porté sur l’autre, sur l’inconnu, le voisin, l’ami devient suspicieux.

Notre cœur s’emplit de tristesse à la pensée de ne plus vouloir approcher l’autre.

Il y a quelques heures encore, bras dessus, bras dessous, nous chantions ensemble, nous trinquions, nous nous prenions la main, nous nous embrassions, nous portions sur une épaule, une main compatissante.

Nous retirions de notre doigt, la larme qui glissait sur cette petite joue humide et ce nez reniflant le chagrin d’une cour d’école.

Se tenir à distance de ceux que l’on aime, ne plus oser embrasser ses proches tout en sachant que si l’un est infecté, tout le foyer l’est aussi.

Tenter un contrôle là où tout est déjà joué…ou presque.

L’attente

Vivre comme d’ordinaire avec cette sourde menace des premiers symptômes qui pourraient se manifester mais néanmoins vivre.

Vivre, résolus de traverser cette crise

Résolus de protéger plus que jamais ses essentiels

Résolus de patienter et de se recentrer

Prêt à réapprendre, prêt à savourer, prêt à reprendre son ordinaire

Se tenir prêt à traverser les forêts, à sentir sous ses pas les feuilles sèches.

Humer les doux parfums des arbres de ma colline à l’aube, lorsque certains sont encore endormis

Sentir le sel d’une eau bien trop chaude m’entourer de sa douceur

Laisser le soleil chauffer mon visage et fermer les yeux pour mieux admirer

Confinons nos corps mais ouvrons nos âmes et préparons-nous à vivre intensément pour peu à peu s’habituer et oublier à nouveau

Oui je m’éveille avec cette pleine conscience du bonheur de vivre et d’aimer

Je m’éveille…

Mercredi 25 Mars 2020

C.Schreyer