Mes livres et moi


Les Porteurs d'eau, Atiq Rahimi, 2019

Les Porteurs d’eau est un récit onirique, riche en symboles et poétique qui entremêle le parcours initiatique de Yûsef, porteur d’eau à Kaboul et celui de Tom, afghan exilé en chemin de Paris vers Amsterdam.

Chacun de ces deux personnages semble vivre une crise identitaire, culturelle et amoureuse. Yûsef, troublé par sa belle-sœur, cherchera sa place dans son pays occupé par les Talibans mais aussi dans le rôle qu’il doit tenir auprès de cette femme qui l’obsède.

Tom se retrouvera en errance culturelle, identitaire et amoureuse, déchiré entre trois femmes et trois lieux.

Le point commun de ces deux afghans est aussi cette remise en question religieuse à l’heure où l’actualité mentionne la destruction de deux Bouddhas de Bâmiyan, en Afghanistan. Nous sommes en 2001.

Chaque destinée se retrouvant dans l’incapacité de concevoir le futur devra voyager vers son intériorité, allant pour l’un jusqu’à la source même des origines bouddhistes de ses ancêtres pour tenter de saisir son « être ».

Atiq Rahimi parle de son roman comme d’une « déclaration d'amour » à son pays. Ce roman, est avant tout un roman de l'exil, de l'exilé, du déracinement, du conflit de la langue maternelle et de celle de l'emprunt. C'est surtout cela qui m'a fait réfléchir.

Comment dire dans une langue seconde ce que l'on conçoit dans sa langue originelle ? Certains symboles, certaines pensées sont intimement liées à sa culture. Chaque langue est en lien étroit avec une vision du monde et parfois le personnage se retrouve dans une aporie et une aphasie. Cet indicible entraîne une solitude, un isolement et renforce cet exil qui n’est plus seulement géographique mais aussi langagier.

"L'exil, c'est mourir ailleurs" et cela commence par l'impossibilité de « dire ». Ce roman traite aussi du mensonge, de la question des origines, du déguisement de l'étranger que vous êtes et du regard de l'autre sur vous, de l'autre légitime géographique, de la quête identitaire.

Comment exister dans un ailleurs ? Comment construire une identité nouvelle sans perdre son âme ? Est-il possible de se réinventer sans disparaître ?

Le 15/04/2020

C.Schreyer