Mes livres et moi


Chroniques insulaires 2- F.Angleviel-P. Fizin

Calédonie,

J’ai écouté tes paroles,

Plurielles et uniques

Celles qui saignent, celles qui pleurent.

Celles qui doutent, celles qui osent

Celles qui chantent

Echo d’un même battement de cœur

           Je viens d’achever la lecture du volume II des Chroniques insulaires, nouvelles historiques et paroles de Nouvelle-Calédonie, ouvrage coédité par Frederic Angleviel et Paul Fizin , édité chez Edilivre.

          L’ouvrage réunit les voix d’historiens mais aussi d’écrivains qui racontent leur Nouvelle-Calédonie, celle du passé et celle d’aujourd’hui. Le volume est réparti en deux volets, « Hier », « Aujourd’hui ».

         Chaque chronique, qu’elle prenne la forme du genre théâtral, du conte, de la poésie ou encore de la nouvelle est une fenêtre sur une culture. J’ai été touchée par l’authenticité et la force de chacune de ces voix. La postface indique qu’en plus de permettre une rencontre entre Histoire et littérature, cet ouvrage collectif est aussi l’occasion pour les écrivains de croiser leurs plumes qu’elles soient jeunes ou confirmées. La postface souligne également l’espace de liberté offert par la littérature. En effet, parfois, la Calédonie rapportée est une Calédonie fictive mais non dénuée d’authenticité. La forme choisie varie d’une chronique à l’autre mais toutes sont porteuses d’une vérité propre.

         L’intensité est dans le don de la narration où l’histoire contée est délivrée sans fard. A l’issue de la lecture de cet ouvrage, vous prenez la mesure de l’incroyable diversité que peut abriter la Nouvelle-Calédonie. Une richesse infinie s’ouvre devant vous si vous acceptez de prendre le temps de lire et de laisser les paroles résonner en vous.

               Véritable invitation au voyage, à la rencontre, à l’altérité, à l’écoute, à l’absence de jugement, à la compréhension et au respect mutuel, ces chroniques juxtaposées vous entraînent à la rencontre de l’autre mais aussi de vous-même.

         Le recueil s’ouvre sur un poème intitulé Lign’âme. Luc Camoui nous le rappelle, il s’agit d’un symbole d’identité. Cet ouvrage, c’est peut-être cela : un symbole d’identité dans lequel chaque écrivain, chaque historien a contribué en prêtant sa voix. J’ai été profondément touchée à la lecture de toutes ces voix qui s’enchaînaient. Toutes si signifiantes. Toutes ont ce point commun : cet amour de la terre mais aussi de cette mer protégeant tel un écrin ce petit joyau.

        Ainsi, cette lecture me semble essentielle à tous, elle agit comme un révélateur qui permet de prendre conscience de l’incroyable profondeur et richesse humaine de l’île dont les multiples voix du passé et voix plus actuelles chantent à l’unisson leur être « citoyen du monde ».

        Ouvrage qui en appelle à notre curiosité qui peut-être pourra éveiller en chacun le désir de rencontrer l’autre, celui qui n’est pas seulement notre voisin mais avec qui nous partageons bien davantage qu’un espace. L’autre, ou celui qui comme moi, comme vous s’incarne dans une histoire, une histoire individuelle et collective. Une histoire portée par des voix littéraires et historiques permettant une Calédonie parfois réinventée pour nous la révéler toujours plus riche, fascinante, précieuse.

Lisez ce tome II des Chroniques insulaires ouvrage tressé à plusieurs mains pour former un même cœur qui bat dans un petit écrin sensible mais fort, pluriel mais unique. Pour conclure, je laisserai le dernier mot à M. Proust dans La Prisonnière, A la recherche du temps perdu :

« Le seul véritable voyage, le seul bain de Jouvence, ce ne serait pas d'aller vers de nouveaux paysages, mais d'avoir d'autres yeux, de voir l'univers avec les yeux d'un autre, de cent autres. »

Le 16/01/2021

Avec passion, C. Schreyer

Chroniques insulaires, II nouvelles historiques et paroles de Nouvelle-Calédonie, Frédéric Angleviel - Paul Fizin Edilivre, janvier 2021



Moi, Salikéra... Un jour je ferai un grand voyage, Elizabeth Fromenteau-Pucheu

Salikéra,

          Je ne m’étais pas préparée et pourtant nous voici, face à face. Je lis ton histoire qui est aussi un peu la mienne. Je connais ton vide, ta construction à demi, tes carences identitaires. Tu as dû grandir en tentant de comprendre qui tu étais mais c’était peine perdue car il te manquait la connaissance de ce père dont on ne te parlait pas ou peu.

         Plusieurs fois l'écho de cette phrase «Toi tu n’as pas de papa».

         Le vide, le silence, le refus de dire l’indicible, la douleur de ne pas comprendre, de ne pas savoir, d’être différente. Le monde fonctionnait autour de toi mais tu avais l’impression d’être comme «à côté», en «attente».

          Tu as comblé le vide par l’imaginaire et projeté l’image de ce père connu de ta mère mais dont l’absence de mots ne pouvaient pas te permettre d’incarner cet être dont tu étais issue. Une forme floue, un être invisible, inaccessible, ici et ailleurs. Grandir sur ce vide, s’appuyer sur cette nuée inaccessible. Une tristesse, celle de ne pouvoir en savoir davantage, celle de ressentir l’impossibilité d’accéder au sens. Le mystère l’emportait alors sur ta réalité. Tu n’avais d’autre choix que de réinventer : «Quand j’étais petite, j’avais toujours réponse à tout. Et à ce papa mystérieux, je lui en ai imaginé des métiers pour expliquer son absence ! (…)». Néanmoins, l’absence devenait plus forte encore lorsque tu constatais ce que tu ne pouvais vivre : «Jamais de promenade sur la plage, la main dans celle de ma mère et l’autre dans celle de mon père. Jamais grimpée sur ses genoux à la fin du repas.»

          Et puis, l’espoir de te voir surgir, un jour du néant offrant la clarté sur l’inexprimable. Tu te regardes dans le miroir et tu essaies de le voir à travers les formes de ton visage : «Quand je me regarde dans la glace et que je m’approche au point que le bout de mon nez touche son image, je me dis qu’un jour je vais voir surgir la tête de mon père, là, comme cela, par magie. Une apparition…».

          Il faudrait se résigner, se résoudre à ne plus demander pour ne pas voir pleurer ta mère…

            Pourtant, chaque enfant a le besoin de comprendre d’où il vient et l’un des personnages du roman l’aura compris «c’est là que ton histoire se sépare de la mienne. Toi, tu auras le droit de faire ce que tu veux mais moi, je ne veux rien remuer puisque tout s’est apaisé en moi».

            Salikéra cherche la vérité, et elle ne requiert pas de phrases édulcorées, simplement des mots qui pourraient l’aider à comprendre qui elle est. Œuvre sur les origines, culturelles, bien entendu mais aussi celles du cœur. L’autrice crée des liens puissants entre les personnages : ceux qui se côtoient, ceux qui ne se connaissent pas encore, ceux qui se sont connus.

             La langue française écrite relie alors les cultures et le métissage transparaît dans chaque page dans tout ce qu’il peut représenter de multiple et de précieux. L’Histoire de la Nouvelle-Calédonie se dessine à travers l’histoire individuelle et alors que la quête identitaire de Salikéra s’anime, le récit entraîne le lecteur auprès d’une jeune fille déterminée et attachante.

           Un récit qui traitera aussi du bouleversement de l’adolescent et des questions qui peuvent le submerger. Tout sera dit au travers de conversations anodines mais non moins profondes avec les personnes qui entourent Salikéra et qui lui permettent de combler cette carence. De son professeur de mathématiques, au chauffeur de bus, de la documentaliste à sa meilleure amie, sans oublier sa grand-mère, aide précieuse.

           Vous vous attacherez à cette jeune fille curieuse, intrépide aux talents culinaires indiscutables et ressentirez avec elle ce désir d’accéder à sa vérité.

             Partez en voyage avec Salikéra et suivez-la dans la recherche de ses racines. De la Catalogne à Lifou, j’ai été conquise par ce récit écrit entre neige et lagon et dont toute distance s’efface, réduisant les kilomètres par la magie des mots et des sentiments vrais.

Le 26/12/2020

C. Schreyer